Pièces et main d’oeuvre (PMO)
Il m’a été demandé par mes lecteurs de faire place à d’autres points de vue sur la même question dans mon blog. J’ai fait place, ci-dessous, à un post de Magua Fuguage, tout en déclinant toute responsabilité vis-à-vis de ce qui ne représente que ses opinions.
Père Chiflet
(Université Cathodique)
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Pièces et Main d’Oeuvre
C’est le nom d’un groupuscule technophobe, en abrégé « PMO ». On les a vu à Grenoble protester quelques années contre les nanotechnologies : billets, manifestations, voitures brûlées, blocages de réunion, harcèlements de personnes. On les voit maintenant s’opposer à la biologie synthétique ou biologie de synthèse. [http://www.biologiedesynthese.fr]
Cela a débuté fin 2012 par quelques billets maniant à merveille l’euphémisme et emplis d’une mansuétude qui reste le signe distinctif de ces intellectuels de haut vol [http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=411], signés du pseudonyme « John Kaltenbrunner ».
Puis, le 25 avril 2013, ils ont bloqué physiquement le premier débat-conférence organisé au CNAM autour de la biologie de synthèse. Après avoir exprimé longuement leur point de vue derrière banderole et masques, ils ont exigé que les 105 autres participants rentrent chez eux. Aucun n’a bronché, et tous ont voté à mains levées pour la tenue du débat. Les élèves de Seconde présents ont exprimé ensuite leur stupeur de voir que leurs gamineries de lycéens étaient imitées par ces personnes qui semblaient d’âge adulte. Ne manquaient au tableau que les boules puantes, qu’effectivement PMO utilise parfois (c’est une technique, pas une technologie, faut pas confondre). [http://blogs.mediapart.fr/blog/dianne/250413/du-rififi-au-cnam].
Résumons ce dernier épisode. 120 personnes dans la salle, dont une quinzaine de PMO inscrits sous de faux noms : deux vieux idéologues, Yannick alias John Kaltenbrunner, et Ségolène ; et quelques jeunes suiveurs oisifs. Ces militants s’étaient déguisés avec des masques de « chimpanzés du futur ».
« Du futur » ? Ces technophobes ont pour cible les chercheurs scientifiques, oui y compris le professeur d’université qui vous expliquait l’autre jour à la télé les causes d’un phénomène météo inhabituel ou d’une maladie grave. Or sans chercheur peu de recherche, et sans recherche peu de futur. En outre PMO indique clairement dans plusieurs de ses textes en ligne que leur objectif est la décroissance économique et productive globale, et le retour avant la révolution industrielle. Il y a eu en fait plusieurs révolutions industrielles, mais on croit deviner qu’il s’agit de celle au début ou milieu du XIXeme siècle, ce qui serait le futur si nous étions au XVIIIeme siècle. Cela appelle plusieurs questions et remarques.
1) Pourquoi ces chimpanzés du passé s’arrêtent-ils en si bon chemin ? Pourquoi ne pas revenir avant la première biotechnologie, la fermentation du jus de raisin par les levures, inventée selon la Bible et le Coran par Noé ? Ou plus en arrière avant l’élevage et l’agriculture ? Ou bien brouter en bon herbivore puisque ces doux agneaux craignent toute violence faite à la nature (mais ils usent de et appellent à la violence contre des êtres humains) ? En fait non, l’herbivore fait encore violence aux plantes. Parmi les traditions existantes, la meilleure solution finalement, quoiqu’encore insuffisamment radicale, c’est donc l’ascèse jaïn [http://fr.wikipedia.org/wiki/Jaïnisme].
2) Pourquoi les PMO ne montrent-ils pas l’exemple ?
a) Pourquoi ont-ils l’air si bien nourris, à rebours des ascètes jaïns qui s’imposent le jeûne ou la famine ? Que mangent donc ces doux agneaux ? Des chercheurs peut-être ?
b) Pourquoi les PMO usent-ils lourdement des technologies qu’ils dénoncent (internet, téléphone, médicaments, trains alimentés à l’électricité nucléaire) ?
3) D’où vient le pseudonyme de ce John Kaltenbrunner (JK) qui a signé les tracts et pages web sur la biologie de synthèse ? C’est le personnage principal d’un roman de Tristan Egolf intitulé « Le seigneur des porcheries » (Poche, 2000). JK est un gamin qui, malmené dans son village arriéré du Midwest états-unien, assouvira ensuite une vengeance extrêmement brutale contre les villageois. Son surnom est « le fasciste de l’étable ». Le patronyme de ce personnage de roman a une unique référence historique. Kaltenbrunner est effectivement un nazi qui parvint au début des années 1940 au sommet de la hiérarchie SS, et qui devint en 1943 le chef à la fois du Service de Sécurité et de la Gestapo du IIIeme Reich. Aucun lien bien entendu avec les méthodes de PMO.
4) Au fait, quels sont les arguments scientifiques ou techniques qui justifient que PMO dénonce la biologie synthétique comme une « nécro-technologie » ? Nous restons en attente du premier de ces arguments. Pour l’instant, nous avons vu seulement des attaques personnelles, des affirmations extrêmes s’appuyant sur un amalgame de citations tronquées et sorties de leur contexte, des arguments d’autorité (mais sur quelle base d’autorité ?) ne s’appuyant sur aucune référence.
5) Quelle analyse des acteurs ? À l’absence d’analyse et d’argument scientifique ou technique fait écho la misère de l’analyse des acteurs. Les compagnies multinationales comme Total ou Monsanto ne sont pas plus ou moins attaquées que le chercheur académique de base animant une micro-équipe de recherche fondamentale ou la petite entreprise de 10 salariés. Ou encore, les opposants à la biologie synthétique qui acceptent le débat sont tout aussi pourris que les personnes favorables. Etc.
6) Qu’apporterait l’arrivée au pouvoir de PMO ? Au milieu du XIXeme siècle, avant les révolutions industrielles que PMO veut effacer, notre terre nourrissait avec les méthodes de l’époque environ 1 milliard d’humains. Aujourd’hui, les progrès technologiques sur tous les fronts scientifiques permettent d’en nourrir 7 milliards, dont une proportion croissante est bien alimentée et en bonne santé durant une vie beaucoup plus longue, largement à l’abri des maladies infectieuses qui ont frappé l’humanité durant les millénaires passés. Il y a encore énormément à faire, c’est l’évidence, et les choix politiques seront clés. Cependant, les biotechnologies y apporteront leur pierre, la biologie synthétique sa brique.
Imaginez 2 minutes que nos idéologues PMO parviennent au pouvoir, et qu’ils imposent leur décroissance globale, tout en usant des méthodes modernes dont toute dictature est friande. Il nous faut bien regarder les conséquences en face. La terre ne pouvant plus nourrir qu’environ 1 milliard d’humains sur les 7 actuels, cela condamne automatiquement 6 milliards d’humains à mort. Les adultes verront leurs enfants affamés souffrir des mois devant leurs yeux et mourir finalement, avant que ne vienne leur tour. Ne mentionnons qu’en passant les chercheurs, et les opposants aux idées et méthodes de PMO ; ceux-là auront la chance inestimable de souffrir moins longtemps que les autres.
Ah ma bonne dame, on a vu ce que donnait l’application des idéologies au XXeme siècle. Quel est l’imbécile déjà qui avait prédit la fin des idéologies ? Ah mais non, grâce à PMO qu’en voilà une bonne, d’idéologie ! Enfoncé, Staline et son minable score de 6 millions de morts par famine en 1932-33. Enfoncé, Mao et ses 36 millions de morts par famine en 1958-62.
1000 ou 170 fois plus : nous on a PMO, et son idéologie artificielle de mort par famine, sa NÉCRO-IDÉOLOGIE DE SYNTHÈSE.
Ce n’est pas la première fois que des militants violents nous laissent l’impression qu’ils ont choisi de voiler leurs mauvais instincts sous couvert d’une bonne (!) cause.
Magua Fuguage
(Université Protestataire)